Lidl a investi 500 M€ dans un ERP SAP abandonné après 7 ans. Analyse des causes de l’échec, des enseignements clés et du rôle que l’adoption digitale aurait pu jouer.
Entre 2011 et 2018, le géant allemand Lidl a investi près de 500 millions d’euros dans un nouvel ERP SAP, pour finalement abandonner le projet après 7 ans et revenir à son ancien système. Ce fiasco retentissant, l’un des plus coûteux de l’histoire de la grande distribution, illustre comment un défaut d’alignement entre le logiciel et les processus métier peut faire dérailler une transformation digitale pourtant ambitieuse. La facture est lourde : « Lidl a perdu près d’un demi-milliard d’euros à cause d’un projet SAP qui a échoué », rapporte le site spécialisé Computable. Comment un tel échec ERP a-t-il été possible malgré les moyens engagés ? Retour sur le projet SAP de Lidl, ses écueils majeurs, et les leçons à en tirer en matière d’adoption des nouveaux systèmes.
Contexte et objectifs du projet eLWIS
Lidl est l’une des plus grandes chaînes de distribution en Europe, avec plus de 10 000 magasins dans 30 pays (en 2018) et un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 100 milliards d’euros. En 2011, l’enseigne décide de moderniser son système de gestion des marchandises, un logiciel maison vieillissant nommé Wawi. L’ancien système ERP atteignait ses limites, souffrant de ruptures de processus, de données redondantes, de problèmes d’intégration et de fonctionnalités insuffisantes. Pour accompagner sa croissance internationale et améliorer l’efficacité opérationnelle, Lidl opte alors pour la solution SAP for Retail (s’appuyant sur la base de données HANA) comme nouveau socle ERP. L’objectif affiché : unifier et standardiser les processus du fournisseur jusqu’au client, disposer d’analyses et prévisions en temps réel, et faciliter la gestion des données pour l’ensemble des magasins et centres logistiques du groupe.
Le projet, baptisé eLWIS (Electronic Lidl Merchandise Management and Information System), est lancé en grande pompe. La direction espère qu’en s’équipant de SAP, l’un des leaders mondiaux des ERP, Lidl pourra rationaliser ses flux et gagner en compétitivité. Une équipe dédiée est mise en place, combinant environ 1 000 employés internes de Lidl et des centaines de consultants externes mobilisés via l’intégrateur KPS. Le budget initial est estimé à près de 180 millions d’euros, reflétant l’ampleur inédite du chantier.
Déroulement du projet : un démarrage prometteur
Le déploiement d’eLWIS s’organise de manière progressive. Voici les grandes étapes du projet :
- 2011 : lancement du programme eLWIS et début des développements. SAP Retail est paramétré pour coller aux besoins de Lidl, en remplacement du système Wawi jugé obsolète.
- 2015 : mise en service d’une première version pilote. En mai 2015, Lidl met en production SAP Retail dans ses magasins d’Autriche. Des pilotes suivent en Irlande du Nord et aux États-Unis la même année. L’ambition est de généraliser l’ERP dans 10 000 magasins et 140 centres logistiques à travers le monde.
- 2016 - 2017 : extension progressive et premiers signaux de succès. Le nouveau système est étendu à d’autres entités et semble opérationnel. SAP décerne même à Lidl une distinction en 2017 pour la réussite de ce déploiement international. Ce prix de « meilleur client SAP » souligne la confiance initiale dans le projet.
- 2017 : toutefois, Lidl connaît une instabilité managériale qui va impacter eLWIS. En février, le PDG Sven Seidel (promoteur du projet) quitte l’entreprise, remplacé par Jesper Højer. En mai, c’est au tour du DSI Alexander Sonnenmoser (chef de projet eLWIS) de partir, tout comme le responsable ERP au comité de direction. Ces changements de leadership surviennent alors que le projet entre dans une phase critique.
- 2018 : coup de théâtre final. En juillet 2018, Lidl annonce l’arrêt pur et simple d’eLWIS. Une note interne signée par le nouveau CEO Jesper Højer indique que les objectifs initiaux ne pourront être atteints qu’au prix de dépassements budgétaires inacceptables. Autrement dit, continuer le déploiement exigerait encore des dépenses bien au-delà du plan initial, ce que Lidl refuse. Le projet SAP est abandonné et l’entreprise décide de revenir à son ancien système.
À première vue, eLWIS avait pourtant bien débuté. Le basculement des premiers pays s’était déroulé “sans heurts” et le projet était salué par l’éditeur lui-même. Comment expliquer alors ce revirement ? La clé du problème se niche dans un détail apparemment technique mis en lumière en cours de route, qui s’est avéré être un écart stratégique majeur.
Le tournant : une incompatibilité de processus (prix d’achat vs prix de vente)
Le cœur de l’échec du projet ERP Lidl réside dans un désalignement fondamental entre les processus métier de l’enseigne et le modèle standard de SAP. Plus précisément, Lidl s’est aperçu en pleine implémentation que sa gestion des stocks était basée sur le prix d’achat des produits, là où le progiciel SAP valorise les stocks sur la base du prix de vente (retail). Ce qui pourrait passer pour une nuance technique cache en réalité une différence radicale d’approche en matière de gestion commerciale et financière.
- Chez Lidl (avant-projet) : chaque article était suivi et valorisé selon son coût d’achat fournisseur. Cette méthode “historique” reflète la culture maison centrée sur l’optimisation des coûts et des marges à partir du prix payé.
- Dans SAP Retail (standard) : l’ERP utilise par défaut le prix de vente retail pour évaluer les stocks, ajusté via des coefficients. Cette approche permet des analyses de marge plus sophistiquées, un suivi des démarques et une optimisation fine des prix de vente – des pratiques courantes du secteur intégrées nativement dans SAP.
Pour Lidl, adepte du “everyday low price” et du contrôle strict des achats, cette orientation logicielle a été un véritable choc culturel. Plutôt que d’adapter ses méthodes internes à ce standard du marché, Lidl a fait le choix risqué de personnaliser SAP pour le plier à ses anciennes habitudes. En d’autres termes, l’équipe projet a tenté de reprogrammer SAP afin qu’il gère les articles comme Wawi le faisait (basé sur le prix d’achat).
Cette décision s’est avérée catastrophique. Modifier le logiciel s’est révélé plus facile à dire qu’à faire : les coûts se sont envolés et le projet a accumulé les retards, sans jamais parvenir à combler le fossé entre le standard SAP et les exigences Lidl. À un moment donné, plus de 100 consultants étaient mobilisés en urgence pour tenter de résoudre ce problème de conception. Chaque ajustement dans le système engendrait de nouveaux bugs ou inefficacités, tandis que le rendement opérationnel stagnait, voire empirait d’après les retours du terrain.
En forçant SAP à fonctionner à l’ancienne, Lidl a créé un environnement instable et a perdu ce qui fait la force d’un ERP standard : des processus intégrés et éprouvés. Au final, malgré des années d’efforts, le logiciel customisé ne fonctionnait pas correctement, surtout à l’échelle d’un détaillant à très fort volume. Lidl a dû se résoudre à jeter l’éponge en 2018, absorbant une perte sèche avoisinant 500 M€ et revenant à son système legacy.
Escalade des coûts et abandon du projet
Les conséquences de ce mauvais alignement se sont vite fait sentir sur le budget et le calendrier du projet. Prévu pour quelques années et ~180 M€ au départ, eLWIS a connu une dérive majeure : les dépenses ont finalement atteint ~500 M€ (soit près du triple) et le système n’a jamais pu être déployé à l’échelle cible. Malgré les signaux d’alerte dès les pilotes de 2015 (limitations fonctionnelles constatées) le projet s’est poursuivi trois ans de plus, probablement dans l’espoir de “finir par y arriver” compte tenu des investissements déjà consentis. Ce syndrome du coût irrécupérable a retardé la décision d’arrêt, alors même que les difficultés étaient manifestes.
En interne, la situation a mis en évidence des lacunes de gouvernance. Lidl ne semblait pas avoir défini de points de contrôle clairs pour stopper ou redresser le programme en cas de dépassement. Aucune revue stratégique approfondie n’a été déclenchée malgré le dépassement de budget et les changements de direction. Il a fallu attendre l’arrivée d’un nouveau CEO en 2018 pour qu’un regard neuf soit porté et qu’une décision radicale soit prise : arrêter les frais plutôt que d’engager des ressources additionnelles sans garantie de succès.
Le courrier interne adressé aux employés de Lidl en août 2018 est éloquent. Jesper Højer y explique que les objectifs initiaux du projet ne seraient atteints qu’au prix d’investissements supplémentaires bien supérieurs à ce qui était prévu. En clair, continuer sur la voie empruntée aurait impliqué de dépenser encore plus (peut-être des centaines de millions de plus) pour espérer un jour faire fonctionner eLWIS correctement, une perspective injustifiable. Dès lors, la décision est prise de stopper SAP et de revenir sous Wawi le plus vite possible. « Nous recommençons pratiquement à zéro », aurait confié un cadre de Lidl au journal Handelsblatt après l’abandon, soulignant l’ampleur du gâchis.
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Analyse des causes profondes de l’échec
Plusieurs facteurs-clés expliquent l’échec du projet ERP de Lidl. Au-delà du problème central de processus de prix, cette aventure a cumulé les erreurs classiques des grandes transformations mal maîtrisées. Les principales leçons à retenir :
- Refus d’adapter les processus métier : Lidl a fait preuve d’une résistance au changement notable, en voulant imposer ses anciennes pratiques (valorisation au prix d’achat) à un nouvel outil. Au lieu de remettre en question ses méthodes pour tirer parti des best practices intégrées à SAP, l’entreprise est restée campée sur ses habitudes. Ce manque de flexibilité initial a été le point de départ du fiasco.
- Customisation à outrance de l’ERP : Conséquence directe du point précédent, Lidl s’est lancé dans des développements sur-mesure massifs pour modifier SAP Retail en profondeur. On estime que la part de fonctionnalités custom était bien supérieure aux 15 % maximum recommandés. Or, une personnalisation excessive d’un ERP crée de la dette technique, complique les montées de version et fragilise l’intégration du système. Lidl a ainsi abouti à une solution instable, impossible à faire évoluer et inadaptée à ses volumes de données.
- Manque d’adhésion et de formation des utilisateurs : Le changement n’a pas été correctement accompagné humainement. Malgré 500 M€ investis en technologie, Lidl n’a pas préparé ses équipes aux changements profonds qu’impliquait le nouvel ERP. La résistance des employés à adopter les processus standard de SAP traduisait une inertie organisationnelle plus profonde, jamais résorbée par un plan de conduite du changement adéquat. Sans compréhension ni appropriation, les utilisateurs ont naturellement cherché à contourner les nouvelles procédures, compromettant l’adoption du système.
- Dépendance excessive aux consultants externes : Lidl a mobilisé de nombreuses ressources externes (KPS et autres) et leur a délégué une large part des décisions stratégiques du projet. Faute d’expertise ERP en interne, l’enseigne s’est retrouvée à subir le rythme et les choix des prestataires, perdant la maîtrise de son programme. Cette sur-dépendance a aussi limité le développement des compétences en interne, si bien qu’à terme l’entreprise ne disposait pas du savoir-faire pour redresser la barre ou faire vivre le système par elle-même.
- Alignement et pilotage exécutif défaillants : L’instabilité au sommet (changement de PDG, de DSI) a entraîné un manque de vision et de soutien continu pour le projet. Des décisions cruciales, comme l’acceptation de changer certains processus ou de fixer un cap clair, n’ont pas été tranchées à temps, laissant l’équipe projet dans l’incertitude. Le sponsoring s’est effrité alors que les difficultés techniques s’accumulaient. Sans alignement fort de la direction sur la stratégie et les priorités, le projet s’est enlisé dans des priorités contradictoires et des objectifs mouvants.
En somme, la cause première n’était pas le logiciel en lui-même, mais la stratégie et la gestion du changement autour de celui-ci. SAP en soi fonctionne dans d’autres organisations, la question était de savoir si Lidl était prête à faire évoluer son mode de fonctionnement en parallèle de l’implémentation technique. Dans ce cas, la réponse a clairement été négative, d’où l’issue que l’on connaît.
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Conséquences et impact de l’abandon
L’échec du projet ERP Lidl a eu des répercussions multiples : financières, bien sûr, mais aussi organisationnelles et stratégiques.
- Pertes financières colossales : Près de 500 millions d’euros partis en fumée, entièrement passés en charges sans aucun bénéfice en retour. Ce montant représentait environ 0,5 % du chiffre d’affaires annuel de Lidl à l’époque, une somme absorbable pour un géant de cette taille, mais qui aurait pu mettre en danger une entreprise plus modeste. À cela s’ajoutent les coûts intangibles : démobilisation des équipes, temps de travail investi dans un projet avorté, etc.
- Retour en arrière technologique : Lidl a dû continuer avec son ancien système Wawi, pourtant jugé à bout de souffle dès 2011. En 2018, il a fallu non seulement relancer ce vieux système, mais aussi investir pour le moderniser et combler les lacunes identifiées à l’origine. En d’autres termes, après 7 ans, Lidl se retrouvait quasiment au point de départ (« pratiquement à repartir de zéro »), avec un retard accumulé en pleine ère de transformation digitale.
- Opportunités manquées et handicap concurrentiel : Pendant ces 7 années, la grande distribution a connu de profondes mutations (essor de l’e-commerce, analytics, omnicanal…). Lidl, immobilisé par son projet ERP interne, a perdu un temps précieux où des améliorations opérationnelles auraient pu être déployées. Surtout, cet échec est survenu en plein plan d’expansion internationale de Lidl, freinant l’intégration efficace des nouveaux marchés faute de système unifié et performant. Certains analystes estiment que cela a handicapé Lidl face à ses concurrents directs sur la période.
- Choc culturel en interne : Un tel revers a pu entamer la confiance des équipes dans les grands projets IT. Les collaborateurs formés sur eLWIS ont vu leurs efforts anéantis, ce qui peut générer frustration et résistance lors de futurs déploiements. Lidl devra redoubler de pédagogie pour tout prochain projet de transformation, afin de rassurer sur la capacité à en retirer de la valeur.
- Réputation et leçons dans le secteur : Le cas Lidl est devenu un cadrage emblématique cité dans les cercles ERP. Il a été largement commenté dans la presse spécialisée, rejoignant la liste des échecs ERP retentissants aux côtés de projets avortés chez Hershey, Nike, Revlon ou plus près de nous GiFi. Pour SAP, cet épisode a pu entamer la confiance de certains clients du retail, même si l’éditeur a mis en avant que le problème venait davantage de l’adaptation de Lidl que du logiciel lui-même. Plus généralement, une enquête du cabinet Resulting IT, menée peu avant, montrait que seuls 36 % des projets SAP aboutissent sans écart majeur par rapport au plan initial, et que 52 % dépassent les budgets prévus. Lidl illustre malheureusement ces statistiques, rappelant à tous que les projets ERP comportent des risques importants.
En définitive, l’abandon d’eLWIS a été un mal nécessaire pour Lidl afin de stopper l’hémorragie financière. La société a pu redéployer son énergie ailleurs par la suite. Mais cette histoire laisse un goût amer et fournit un cas d’école des choses à ne pas faire dans une transformation ERP.
Comment éviter un tel échec ? L’importance de l’adoption et de la formation
Le déboire de Lidl offre de précieuses leçons pour toute entreprise engageant un projet ERP ou plus largement une transformation digitale. Au-delà des aspects techniques, cet échec souligne que la réussite dépend avant tout de l’alignement humain et métier. Voici quelques principes-clés qui auraient pu changer la donne dans le cas Lidl :
- Bien évaluer l’adéquation "métier - logiciel" en amont : Une due diligence approfondie lors du choix de la solution aurait dû révéler le conflit de modèle (prix d’achat vs prix de vente) avant de se lancer tête baissée. Cela implique d’impliquer dès le départ des experts métier dans l’analyse des fonctionnalités de l’ERP et de vérifier la compatibilité avec les processus critiques de l’entreprise. Si un écart stratégique est identifié, deux choix sont possibles : adapter le processus interne pour coller au standard (idéalement), ou bien opter pour un autre logiciel plus proche des besoins. Dans le cas présent, Lidl aurait pu soit décider d’adopter la méthode retail (en formant ses équipes financières à ce changement de paradigme), soit choisir une autre solution ERP plus flexible sur ce point. Ne pas trancher cette question cruciale a condamné le projet dès le départ.
- Accepter de faire évoluer ses processus ou renoncer au projet : Implémenter un ERP n’est pas reproduire à l’identique l’ancien système. C’est souvent l’occasion de revoir et optimiser les processus selon les standards du marché. Lidl aurait pu y voir une chance de moderniser sa gestion de stock en adoptant une méthodologie plus orientée retail (avec les bénéfices analytiques que cela apporte). Cela nécessitait un véritable accompagnement au changement pour faire évoluer la culture interne et expliquer le pourquoi du nouveau mode de calcul. À défaut d’accepter ce changement, continuer avec SAP n’était pas pertinent. En bref, un ERP doit s’inscrire dans une vision de transformation métier, et non être configuré pour perpétuer tous les anciens réflexes.
- Limiter la personnalisation et s’appuyer sur le standard : La mésaventure de Lidl confirme qu’il faut éviter la customisation excessive des logiciels. Chaque développement spécifique complexifie l’ensemble et casse les avantages d’une solution intégrée. Les meilleurs praticiens recommandent de ne customiser que ce qui constitue un avantage concurrentiel distinctif, pas de simples préférences héritées du passé. Si Lidl avait suivi cette règle, elle aurait dû limiter drastiquement les adaptations SAP et plutôt former ses utilisateurs aux processus standard, quitte à perdre quelques particularités historiques. Un ERP out-of-the-box bien adopté apporte souvent plus de valeur qu’un ERP sur-mesure bancal.
- Impliquer fortement les utilisateurs finaux et former en continu : Un projet ERP n’est pas qu’une affaire d’informaticiens, c’est un projet humain. Pour garantir l’adhésion, il est crucial d’impliquer les opérationnels à chaque étape (conception, tests, pilotes) et de former les équipes bien en amont du go-live. Dans le cas de Lidl, la résistance interne traduisait un manque de compréhension des bénéfices attendus et un défaut de maîtrise du nouvel outil. Une démarche de formation contextuelle, c’est-à-dire intégrée au quotidien de travail, aurait pu identifier très tôt les points de friction et aider à y remédier. Par exemple, en simulant sur le terrain le processus de valorisation SAP avec les équipes logistiques et financières, Lidl aurait vite constaté l’incompatibilité de méthode, et pu soit adapter son organisation, soit arrêter les frais avant d’engager 500 M€. Former “en contexte” signifie aussi accompagner chaque employé dans sa prise en main du logiciel, avec des parcours pédagogiques adaptés à son rôle. C’est en forgeant qu’on devient forgeron : de même, c’est en pratiquant dans le système réel, avec un appui didactique, que les utilisateurs adoptent réellement un nouvel ERP.
- Assurer un pilotage projet rigoureux et sponsorisé : Un projet de cette ampleur requiert un gouvernance drastique. Lidl aurait dû mettre en place des jalons de contrôle formels (par exemple à 50 % et 100 % du budget alloué) et des critères de réussite mesurables, afin de pouvoir décider objectivement d’un arrêt ou correctif en cours de route. De plus, le sponsor exécutif (DG, DSI…) doit rester engagé du début à la fin, pour trancher les arbitrages stratégiques et maintenir le cap malgré les difficultés. Une équipe de direction alignée envoie un message fort que le projet est prioritaire et soutenu au plus haut niveau. Dans le cas contraire, les équipes terrain risquent de douter et de ne pas adhérer pleinement.
En synthèse, la réussite d’une transformation ERP ne dépend pas que du choix du logiciel, mais surtout de la capacité de l’organisation à apprendre, s’adapter et conduire le changement autour de ce logiciel. Cela passe par un investissement fort dans l’élément humain : analyses métier, formation, communication, implication des utilisateurs clés, etc.
Leçons pour l’adoption digitale : l’angle MeltingSpot
L’affaire Lidl illustre à quel point négliger l’accompagnement humain peut transformer un investissement prometteur en catastrophe opérationnelle et financière. À l’inverse, mettre l’accent sur l’adoption utilisateur est aujourd’hui indispensable pour sécuriser ce type de transformation critique. Le retour d’expérience de Lidl, tout comme celui d’un autre détaillant français GiFi qui a connu un échec ERP similaire récemment, aura au moins permis de faire évoluer les mentalités sur ce sujet.
Concrètement, comment mieux préparer les utilisateurs ? De nouvelles approches et outils ont émergé, à commencer par les Digital Adoption Platforms (DAP) ou plateformes d’adoption digitale. Ces solutions, comme MeltingSpot, offrent un apprentissage en continu, contextuel et personnalisé directement dans le logiciel. L’idée est de former les employés dans l’application même qu’ils devront utiliser, via des assistants intégrés, des tutoriels pas-à-pas, des rappels intelligents, etc. Au lieu de quelques sessions classiques en salle, la formation est disséminée tout au long de la prise en main, au moment précis où l’utilisateur en a besoin.
Comparer les plateformes est une première étape. Pour aller plus loin, il est essentiel de quantifier l’impact concret qu’une meilleure adoption digitale et une montée en compétences plus efficace peuvent avoir sur votre organisation.
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Si une telle approche avait été disponible et mise en œuvre chez Lidl, les bénéfices auraient pu être multiples : détection précoce des incompatibilités (en voyant les utilisateurs bloquer sur la notion de prix retail, l’équipe projet aurait immédiatement identifié le problème de fond), meilleure acceptation du changement (en expliquant progressivement aux employés le nouveau fonctionnement et en les aidant à y arriver, on réduit les résistances), et montée en compétence accélérée (en quelques mois d’utilisation guidée, les équipes auraient pu acquérir le niveau pour opérer efficacement dans SAP ou pour remonter des feedbacks concrets).
Il faut souligner que le coût d’une solution d’adoption digitale est dérisoire comparé aux pertes potentielles d’un échec de migration ERP. Avec plus de 500 M€ gaspillés, Lidl aurait pu financer sans difficulté un accompagnement robuste de ses utilisateurs, un investissement largement rentabilisé si cela avait pu sauver le projet. Bien entendu, un DAP n’aurait pas à lui seul corrigé le choix stratégique discutable de personnaliser SAP, mais il aurait apporté la visibilité nécessaire pour prendre la bonne décision plus tôt (arrêter ou changer d’approche), et il aurait donné aux utilisateurs les clés pour adopter un éventuel nouveau processus si celui-ci avait été retenu.
En 2025, de plus en plus d’entreprises tirent les leçons de tels échecs et placent l’humain au centre de leurs déploiements IT. Investir dans la technologie sans investir dans l’humain revient à prendre le risque de tout perdre. À l’inverse, outiller et former intelligemment les collaborateurs permet de transformer même un projet complexe en réussite durable. Les solutions comme MeltingSpot offrent aujourd’hui les moyens de s’assurer que chaque utilisateur dispose des compétences et de l’accompagnement nécessaires pour tirer parti des nouveaux outils.
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Conclusion
Le projet ERP Lidl restera dans les annales comme un exemple frappant de transformation digitale ratée. Il met en lumière un principe fondamental : la réussite d’un ERP ne se joue pas seulement sur le choix du logiciel ou le budget, mais sur l’alignement entre la solution, les processus et les personnes. Dans le cas de Lidl, l’entêtement à conserver un ancien paradigme (prix d’achat), le manque d’anticipation des écarts fonctionnels, et l’insuffisance de l’accompagnement humain ont eu raison d’un projet pourtant doté de moyens considérables.
La bonne nouvelle est que ces erreurs ne sont pas une fatalité. D’autres entreprises, confrontées à des défis similaires, ont su rebondir en corrigeant le tir : en impliquant étroitement les métiers, en formant massivement les utilisateurs, et en restant agiles dans l’ajustement des processus. L’histoire de Lidl doit servir de piqûre de rappel : même les leaders du marché peuvent échouer s’ils sous-estiment la dimension humaine de la transformation. À l’ère de la data et des algorithmes, il est tentant de croire qu’une solution technologique suffira, mais sans l’adhésion et la montée en compétence des femmes et des hommes qui la font vivre, la meilleure des technologies restera lettre morte.
En somme, “ERP Lidl” est devenu synonyme d’un échec retentissant qu’aucune entreprise ne souhaite revivre. Puissent les dirigeants et chefs de projet s’en inspirer pour éviter les mêmes pièges, et faire de leurs déploiements ERP de véritables succès opérationnels, en n’oubliant jamais que la clé réside d’abord dans l’adoption utilisateur. Les investissements technologiques les plus élevés ne porteront leurs fruits que si l’on investit tout autant dans l’humain. C’est là la principale leçon de ce cas Lidl, et le meilleur remède pour ne pas « repartir de zéro » après des années d’efforts.
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